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Partie II · La grande échelle · Chapitre 4

Chapitre 4

Masses d'air et fronts

Le chapitre 3 a montré la machine qui brasse l'air des latitudes moyennes. Celui-ci présente les combattants — les masses d'air — et la ligne où ils s'affrontent — le front. À la fin, vous saurez lire dans le ciel l'heure d'arrivée de la pluie, distinguer la pluie qui dure de l'averse qui passe, et reconnaître la journée de vol qui suit le mauvais temps.

28 min de lecture · 12 figures · 3 illustrations animées

L'essentiel en deux minutes

L'air voyage en masses immenses qui gardent la mémoire de leur pays d'origine : polaires ou tropicales, maritimes (humides) ou continentales (sèches). Deux masses différentes ne se mélangent pas plus que l'huile et le vinaigre : elles se poussent le long d'une frontière, le front.

Quand l'air chaud attaque, il est trop léger pour chasser l'air froid : il monte dessus par une rampe très douce, étalée sur des centaines de kilomètres. Le ciel prévient donc un jour à l'avance, du plus haut au plus bas : cirrus, halo, voile gris, puis pluie fine et continue. C'est le front chaud, la dégradation qui s'annonce. Quand l'air froid attaque, il fonce comme un chasse-neige sous l'air chaud et le soulève d'un coup : mur de nuages, rafales, averses violentes, chute du thermomètre. C'est le front froid, la dégradation qui frappe presque sans préavis.

Entre les deux s'étend le secteur chaud, gris et doux. Derrière vient la traîne : de l'air polaire lavé, limpide, instable — souvent la plus belle journée de vol de la semaine, le lendemain du front froid.

Le tout défile d'ouest en est et le vent tourne à droite à chaque étape : sud, sud-ouest, ouest, nord-ouest. Avec le ciel, le vent, le baromètre et le thermomètre, vous savez où vous en êtes du film, et donc ce qui arrive dans les six heures. Pour la randonnée, une règle résume tout : la pluie de front chaud dure et fait reporter la course ; l'averse de traîne passe et se contourne.

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  1. 4.1Les masses d'air : l'air a une mémoire
  2. 4.2Le front polaire et la vie d'une perturbation
  3. 4.3Le front chaud : la dégradation qui prévient
  4. 4.4Le secteur chaud
  5. 4.5Le front froid : la dégradation qui frappe
  6. 4.6L'occlusion
  7. 4.7La traîne : le trésor du pilote
  8. 4.8Chronologie complète d'un passage perturbé
  9. 4.9Les Alpes au passage : barrage et foehn
  10. 4.10Randonnée : deux pluies, deux brouillards
  11. 4.11Ordres de grandeur

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Lexique du chapitre#

Masse d'air
Volume d'air de très grande taille aux caractères (température, humidité) presque uniformes, acquis par un long séjour sur une région source. Se nomme par son origine (arctique, polaire, tropicale) et son trajet (maritime, continental).
Front
Zone de transition étroite entre deux masses d'air de densités différentes. Son passage change brutalement la température, l'humidité et le vent.
Front polaire
Frontière semi-permanente entre air polaire et air tropical aux latitudes moyennes, surmontée du courant-jet. Berceau des perturbations.
Perturbation
Ondulation du front polaire enroulée autour d'une dépression, avec un front chaud et un front froid, qui circule d'ouest en est.
Pannus
Lambeaux de nuages bas et déchiquetés sous la pluie d'un nimbostratus, qui accrochent les reliefs : le « brouillard » frontal du randonneur.
Secteur chaud
Zone d'air tropical maritime entre le front chaud et le front froid : temps gris, doux, plutôt stable, bases basses.
Ligne de grains
Ligne organisée de cellules orageuses, en avant ou le long d'un front froid actif : rafales, pluie battante, grêle.
Occlusion
Stade où le front froid a rattrapé le front chaud, l'air chaud étant rejeté en altitude. Signe d'une perturbation vieillissante.
Traîne
Air polaire maritime derrière le front froid : instable, limpide, cumulus et averses isolées. Active (averses fréquentes, vent) ou sèche (beau temps instable de l'après-front).
Barrage (effet de)
Renforcement des nuages et des pluies sur le versant d'un massif exposé au vent, où l'air est forcé de monter. Les Suisses disent « stau ».
Foehn
Vent chaud et sec qui descend le versant sous le vent d'un massif, après avoir laissé son humidité sur l'autre versant. Détaillé au chapitre 6.