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Partie I · Comprendre l'air · Chapitre 2

Chapitre 2

L'émagramme en autonomie

Au chapitre 1, vous avez compris la mécanique de la bulle qui monte. Ici, vous apprenez le geste : prendre un sondage, et en tirer seul, en cinq minutes, le film de la journée — l'heure des premiers thermiques, la base des cumulus, le plafond, la force, et ce qui pourrait mal tourner.

30 min de lecture · 12 figures · 5 illustrations animées

L'essentiel en deux minutes

L'émagramme est la radiographie verticale du ciel : on y lit, étage par étage, la température de l'air (courbe T) et son contenu en eau (courbe Td). Le papier porte des « rails » imprimés d'avance — celui de l'air sec qui se refroidit de 1 °C par 100 m, celui du nuage à environ 0,55 °C par 100 m — et toute la méthode consiste à faire rouler une bulle imaginaire sur ces rails, puis à regarder où elle croise les courbes du jour.

Cinq gestes suffisent. Le couvercle de la nuit, redescendu au sol, donne la température à atteindre pour que ça parte, donc l'heure des premiers thermiques. La température maximale montée sur le rail sec et le point de rosée monté sur le sien se croisent à la base des cumulus. Le rail du nuage mène au sommet des nuages. L'épaisseur des nuages dit s'il peut pleuvoir ; l'écart entre la bulle et l'air dit la force des thermiques. Enfin, on regarde ce qui pourrait déraper : couvercle, humidité en altitude, vent.

Deux compteurs d'énergie complètent le tableau : la CIN, le péage avant que l'air monte seul, et la CAPE, le carburant disponible (au-delà d'environ 1 000 J/kg, on parle d'orages). Et deux nuances font le pilote autonome : un sondage de fond de vallée sous-estime le plafond au-dessus d'un grand massif, et un sondage se recoupe toujours avec le ciel réel. Presque tous les sondages d'été se rangent dans quatre visages — bleue, cumulus sages, surdéveloppement, inversion basse — et l'émagramme devient un coup d'œil.

2.1Une radiographie du ciel#

Imaginez qu'on lâche un ballon équipé d'un thermomètre et d'un hygromètre, et qu'on note, tous les cent mètres, la température et l'humidité de l'air traversé. Reportez ces mesures sur un graphique — altitude en hauteur, température en largeur — et vous obtenez un sondage. Les radiosondes le font deux fois par jour ; les modèles de prévision le calculent pour chaque heure et chaque point de la carte.

Le graphique qui accueille ces mesures s'appelle un émagramme. Sa vertu : il porte, imprimés d'avance, les chemins que suivrait une bulle d'air soulevée. On n'a plus qu'à comparer la bulle et l'air qui l'entoure, comme au chapitre 1, mais d'un seul regard sur toute la hauteur du ciel.

Émagramme redressé : altitude de 500 à 5 800 m en ordonnée, température de −20 à 32 °C en abscisse. Une courbe d'état en trait plein noir part de 13 °C au sol à 700 m, monte vers la droite jusqu'à 17 °C à 1 100 m (inversion nocturne), puis décroît jusqu'à −3 °C à 3 600 m, repart vers la droite jusqu'à +1 °C à 3 800 m (inversion), puis décroît. La courbe du point de rosée, en tirets bleus, est à gauche. En fond, les adiabatiques sèches (orange plein), saturées (orange pointillé), une ligne de rapport de mélange (vert tiret-point) et l'isotherme 0 °C (gris vertical) ; une légende les nomme. À droite, les niveaux 850, 700 et 500 hPa.
Fig. 2.1 — Les familles de lignes d'un émagramme. Les rails (orange, vert, gris) sont imprimés d'avance et ne changent jamais ; seules les deux courbes du jour, T et Td, changent d'un sondage à l'autre. Les flèches montrent les deux endroits où T part vers la droite en montant : des inversions.

Un émagramme réel impressionne parce que plusieurs familles de lignes s'y croisent (fig. 2.1). La clé : vous n'en utilisez jamais plus de deux à la fois.

LigneAllureSert à
Altitudes / isobaresHorizontales, en mètres ou en hPaSe repérer : 850 hPa ≈ 1 500 m, 700 hPa ≈ 3 000 m, 500 hPa ≈ 5 500 m
IsothermesVerticales ici ; obliques sur les documents « skew-T »Lire une température
Adiabatiques sèchesLes plus couchées, orange pleinRail de la bulle non saturée : −1 °C / 100 m
Adiabatiques saturéesPlus redressées, orange pointilléRail dans le nuage : ≈ −0,55 °C / 100 m (0,4 à 0,8 selon la température)
Rapport de mélangePresque verticales, vert tiret-pointRail du point de rosée de la bulle : ≈ −0,2 °C / 100 m

Par-dessus ces rails, les deux seules courbes du jour : la courbe d'état T, en trait plein, et la courbe du point de rosée Td, en tirets, toujours à sa gauche.

Pourquoi certains émagrammes ont-ils des isothermes penchées ?

Pur confort de lecture. Sur les documents des sites de prévision (« skew-T »), les isothermes sont inclinées à 45° : cela ouvre l'angle entre la courbe d'état et les adiabatiques. Ce livre utilise une version « redressée », température à plat et altitude en mètres, plus facile à apprendre. Les gestes sont identiques : sur un skew-T, vous suivez les mêmes rails, dessinés penchés.

Premier réflexe devant tout émagramme, avant le moindre calcul : trois lectures à l'œil nu.

1. L'écart entre T et Td. Courbes serrées : air humide (nuages bas, voile, bouchage). Courbes écartées : air sec (bases hautes, ciel bleu).

2. La pente de T, comparée aux adiabatiques voisines. Penche-t-elle davantage (air instable, les bulles accélèrent) ou moins (air stable, elles s'essoufflent) ? Chaque cassure marque un changement de couche.

3. Les inversions : tout segment où T part vers la droite en montant. Ce sont les plafonds potentiels. Regardez ce que fait Td au-dessus : collée au sol le matin, l'inversion est nocturne ; en altitude avec de l'air très sec au-dessus, c'est une inversion de subsidence (chapitre 3) ; en altitude avec de l'air qui s'humidifie, une inversion frontale, signe de dégradation (chapitre 4).

À vous — lecture à l'œil nu

Sur un sondage de 8 h, T et Td sont collées (écart inférieur à 2 °C) du sol jusqu'à 1 500 m, puis s'écartent brutalement de 15 °C au-dessus, là où T part vers la droite. Que vous dit ce seul indice de la matinée ?

Voir la réponse

Une couche humide, saturée ou presque, de 1 500 m d'épaisseur, coiffée par une inversion et de l'air très sec : la signature d'une mer de nuages. Matinée grise sous 1 500 m, grand soleil au-dessus. La question du jour devient : le soleil percera-t-il la couche, et à quelle heure ? Le randonneur parti d'un fond de vallée pour un sommet à 2 400 m traversera le nuage puis sortira au soleil.

2.2Le sondage de référence#

Pour apprendre le geste, nous travaillerons tout le chapitre sur un seul sondage réaliste : une belle journée de juillet dans une grande vallée des Alpes du Sud. Le décor : fond de vallée à 700 m, décollage orienté sud à 1 500 m, massif dont les crêtes culminent entre 2 500 et 2 800 m. Le sondage est la prévision de 8 h locales au point de la vallée.

Ce que montre le sondage de 8 hValeur
Au sol (700 m)T = 13 °C, Td = 9 °C
Inversion nocturnedu sol à 1 100 m, où T = 17 °C
Au-dessusT baisse de 0,8 °C / 100 m jusqu'à 3 600 m (−3 °C)
Inversion d'altitudede 3 600 à 3 800 m, T remonte de 4 °C
Au-dessus de 3 800 mair très sec (T − Td ≈ 18 °C)
Prévision au solTmax = 26 °C vers 14 h ; Td stable vers 9 °C
Courbe horaire prévue8 h 13° · 9 h 16° · 10 h 18° · 11 h 21° · 12 h 23° · 13 h 24,5° · 14 h 26°

Rien d'exotique : la journée d'été « normale » sous un anticyclone modéré. Gardez ces chiffres sous les yeux ; nous allons en tirer, geste après geste, tout ce qu'un pilote et un randonneur veulent savoir.

2.3La méthode en cinq gestes#

Voici le geste complet, à répéter jusqu'à l'automatisme. Il reprend la méthode de la bulle du chapitre 1, dans l'ordre d'un matin de vol : 1 la température de déclenchement, 2 la base, 3 le sommet et le plafond, 4 l'épaisseur et la force, 5 les risques.

Geste 1 — la température de déclenchement

Le matin, l'air au ras du sol est plus froid que l'air qui le surmonte : la nuit, le sol a rayonné sa chaleur vers le ciel et refroidi la couche à son contact. C'est l'inversion nocturne, un couvercle posé sur la vallée. Tant qu'il est là, une bulle chauffée au sol monte de quelques dizaines de mètres, se retrouve plus froide que l'air autour, et retombe.

Zoom de l'émagramme entre 300 et 2 600 m. La courbe d'état part de 13 °C au sol à 700 m, monte vers la droite jusqu'à 17 °C à 1 100 m (bande rose « inversion nocturne »), puis repart vers la gauche. Depuis le point du sommet de l'inversion (1 100 m, 17 °C), une flèche orange descend l'adiabatique sèche jusqu'au sol, où elle atteint 21 °C, noté Tdécl = 21 °C.
Fig. 2.2 — Geste 1. Le sommet de l'inversion (1 100 m, 17 °C), redescendu de 400 m sur le rail sec, donne 21 °C au sol : tant que la vallée n'a pas atteint 21 °C, les bulles restent piégées sous le couvercle.

Le geste (fig. 2.2) : posez le doigt au sommet de l'inversion (1 100 m, 17 °C) et redescendez jusqu'au sol le long de l'adiabatique sèche. Vous perdez 400 m, donc vous gagnez 4 °C : 21 °C. C'est la température de déclenchement. Une bulle partie du sol à 21 °C arrive au sommet de l'inversion à 17 °C, aussi chaude que l'air : elle passe. Toute bulle plus chaude passe franchement.

La courbe horaire atteint 21 °C vers 11 h : ce sont les premiers thermiques de la vallée. Jaugez enfin la marge de la journée, Tmax − Tdécl = 26 − 21 = 5 °C : journée classique. Moins de 2 °C, elle sera poussive, tardive et courte ; plus de 6 °C, elle démarrera tôt et durera.

En vol — l'heure du déco

La courbe horaire décrit la vallée. Un déco orienté sud à 1 500 m, sur une pente rocheuse au soleil depuis 8 h, déclenche souvent ses propres bulles une demi-heure à une heure plus tôt, mais ces premiers cycles sont étroits et hachés. Le calcul vous évite surtout l'erreur inverse : décoller à 10 h un jour où la vallée n'atteindra 21 °C qu'à 11 h, et poser au bout de dix minutes.

Geste 2 — la base des cumulus

Suivez maintenant la bulle de l'après-midi, partie du sol à la température maximale. En montant, elle se refroidit de 1 °C tous les 100 m. Sa vapeur ne change pas, mais son point de rosée baisse lentement, d'environ 0,2 °C par 100 m, parce que l'air se détend. L'écart entre les deux se referme donc de 0,8 °C tous les 100 m. Quand il atteint zéro, la vapeur condense : c'est la base du cumulus.

Émagramme du sondage de référence. Depuis 26 °C au sol (Tmax prévue), une droite orange monte vers la gauche sur l'adiabatique sèche ; depuis 9 °C au sol (Td), une ligne verte tiret-point monte presque verticalement. Elles se croisent à 2 800 m environ, point marqué « base ≈ 2 800 m ». Note : contrôle 122 m × (26 − 9) ≈ 2 100 m au-dessus du sol.
Fig. 2.3 — Geste 2. La bulle sèche (orange) et son point de rosée (vert) partent du sol et se rejoignent vers 2 800 m : la base des cumulus de l'après-midi.

Sur l'émagramme (fig. 2.3) : partez de Tmax = 26 °C au sol et montez sur l'adiabatique sèche ; partez de Td = 9 °C et montez sur la ligne de rapport de mélange. Les deux tracés se croisent vers 2 800 m : le niveau de condensation, base des cumulus. Contrôle : 122 m × (26 − 9) ≈ 2 100 m au-dessus du sol, soit 2 800 m d'altitude. Si votre lecture s'en écarte de plus de quelques centaines de mètres, cherchez l'erreur.

Quel Td prendre ?

Le point de rosée du sol varie moins que la température, mais il varie : il baisse souvent de 1 à 3 °C en milieu de journée quand le brassage mélange l'air du sol avec de l'air plus sec venu d'en haut. Prenez le Td prévu pour l'après-midi s'il est donné. Un degré d'erreur sur Td, c'est 120 m d'erreur sur la base.

Geste 3 — le sommet des nuages et le plafond

Au-dessus de la base, la bulle est dans son nuage. La condensation libère de la chaleur (la chaleur latente du chapitre 1) et freine son refroidissement : elle ne perd plus que 0,5 à 0,6 °C par 100 m, et continue de monter tant qu'elle reste plus chaude que l'air autour.

Émagramme du sondage de référence. La bulle sèche monte de 26 °C au sol jusqu'à la base à 2 800 m, puis suit l'adiabatique saturée (pointillé orange) jusqu'à recroiser la courbe d'état dans l'inversion, vers 3 750 m. Deux lignes horizontales tiretées marquent la base (2 800 m) et le sommet (3 750 m). Un petit cumulus est dessiné à droite, avec la mention « plafond du pilote = base des cumulus ».
Fig. 2.4 — Geste 3. Depuis la base, la bulle suit le rail du nuage (pointillé) et bute vers 3 750 m sur l'inversion d'altitude : c'est le sommet des cumulus. Le pilote, lui, plafonne à la base.

Le geste (fig. 2.4) : depuis le point de base, suivez l'adiabatique saturée jusqu'à recroiser la courbe d'état. Ici, la bulle bute vers 3 750 m, dans l'inversion de 3 600–3 800 m : sommet des cumulus. Pour le pilote, le plafond utile est la base : on ne monte pas dans le cumulus. Si l'adiabatique sèche avait recoupé T avant de rejoindre le rapport de mélange, il n'y aurait pas eu de nuage : c'est la journée bleue, et le plafond est l'altitude de cette intersection.

En vol — la base n'est pas un mur

Sous un cumulus actif, l'ascendance accélère souvent dans les 200 derniers mètres et la visibilité s'effondre en quelques secondes en entrant dans le nuage. Fixez-vous un plafond personnel 150 à 300 m sous la base, et partez en transition plutôt que d'enrouler jusqu'au voile blanc.

Geste 4 — l'épaisseur des nuages et la force des thermiques

Deux mesures, deux questions. L'épaisseur des nuages (sommet − base) dit s'il peut pleuvoir. La force des thermiques se lit à l'écart entre la bulle et l'air qui l'entoure : plus la bulle est chaude par rapport à son environnement, plus elle est légère, plus elle accélère.

Émagramme du sondage de référence. La couche entre le sol et la base (700 à 2 800 m) est teintée en beige : couche brassée par les thermiques. Une double flèche rouge horizontale, à 1 900 m, relie la courbe d'état à la bulle sèche : écart ≈ 3 °C. À droite, une double flèche verticale entre 2 800 et 3 750 m indique l'épaisseur ≈ 900 m.
Fig. 2.5 — Geste 4. Des cumulus d'environ 900 m d'épaisseur : sages, sans pluie. Au milieu de la couche brassée, la bulle est environ 3 °C plus chaude que l'air du matin : une bonne journée.

Sur notre sondage (fig. 2.5), l'épaisseur vaut environ 900 m : cumulus humilis à mediocris, aucune averse possible.

Épaisseur des cumulusCe qu'on voit
moins de 1 000 mcumulus plats ou moyens, beau temps
1 000 à 2 000 mcumulus bourgeonnants, ombres larges, surveiller
plus de 2 000 mcongestus, averses possibles ; au-delà de 3 000 à 4 000 m, orage possible

Pour la force, mesurez l'écart horizontal entre la bulle et la courbe d'état au milieu de la couche convective : ici, à 1 900 m, environ 3 °C. Repère d'école, en ordre de grandeur : 1 °C, thermiques doux (autour de 1 m/s) ; 2 à 3 °C, bonne journée (2 à 3 m/s) ; plus de 4 °C, thermiques forts. Second indice : plus la couche brassée est épaisse, plus les thermiques sont larges et puissants. Le chapitre 8 affinera avec la vitesse convective.

Pourquoi l'écart se lit-il sur le sondage du matin ?

Parce que l'après-midi, les thermiques ont eux-mêmes brassé la couche : la courbe d'état y épouse l'adiabatique sèche, et l'écart paraît presque nul. Le sondage du matin mesure le « relief » que le soleil devra aplanir ; plus il est grand, plus la machine à thermiques aura de vigueur.

Geste 5 — les risques : qu'est-ce qui pourrait déraper ?

Un bon prévisionniste ne s'arrête pas à la réponse ; il se demande de combien elle peut se tromper. Trois questions, toujours les mêmes.

Émagramme du sondage de référence avec une bande rose entre 3 600 et 3 800 m, notée « couvercle : +4 °C ». Une flèche bleue horizontale à 4 200 m entre Td et T indique « air très sec : T − Td ≈ 18 °C ». Deux trajets de bulle : celui de Tmax 26 °C et un second, plus fin, partant de 29 °C (« test : Tmax 29 °C »), qui atteint la base vers 3 200 m et bute lui aussi vers 3 800 m. Une surface hachurée entre la bulle de 26 °C et la courbe d'état figure la CAPE, faible ici (quelques centaines de J/kg).
Fig. 2.6 — Geste 5. Même si la journée chauffe 3 °C de plus que prévu, la bulle bute sur le couvercle vers 3 800 m ; au-dessus, l'air est très sec. Rien ne peut dégénérer : c'est une journée « verrouillée ».

Qu'y a-t-il au-dessus du sommet ? Ici, un couvercle franc (4 °C d'inversion sur 200 m) et de l'air très sec : un cumulus qui déborderait s'évaporerait aussitôt. Et si la journée chauffe plus que prévu ? Refaites les gestes 2 et 3 avec Tmax + 3 °C (fig. 2.6) : la base monte à 3 200 m, le sommet reste vers 3 800 m. Le couvercle tient. Y a-t-il de l'énergie en réserve ? La surface entre la bulle et la courbe d'état reste petite (CAPE de quelques centaines de J/kg) : convection de beau temps.

Le verdict tient en une ligne : premiers thermiques vers 11 h, premiers cumulus vers 13 h à 2 600 m, base vers 2 800 m l'après-midi, cumulus plats à moyens, aucun risque d'orage. Cinq minutes de crayon.

Réflexe rando — le même sondage, l'autre usage

Base des cumulus à 2 800 m : les crêtes à 2 600–2 800 m seront frôlées, voire coiffées, par les nuages de l'après-midi — vue bouchée au sommet, mais pas de pluie (900 m d'épaisseur). Aucun orage, le couvercle tient même à +3 °C. Seule vigilance : la chaleur dans les montées exposées au sud.

2.4L'inversion s'érode : l'emploi du temps de la journée#

Le geste 1 donne une heure ; voyons ce qui se passe entre-temps. Le soleil chauffe le sol, le sol chauffe l'air à son contact, et chaque bulle mélange un peu plus la couche qui la porte. La couche brassée s'épaissit, et l'inversion nocturne disparaît par le dessous, comme une plaque de glace qui fond sur un réchaud (fig. 2.7).

Trois petits émagrammes côte à côte, de 500 à 4 200 m. À 8 h (sol 13 °C), le profil du matin est intact : tout est bloqué. À 10 h (sol 18 °C), le bas du profil a été remplacé par une droite sur l'adiabatique sèche jusqu'à 950 m, zone teintée : bulles écrasées sous 950 m. À 14 h (sol 26 °C), la couche brassée s'étend jusqu'à 2 800 m, coiffée d'un cumulus ; le profil du matin est rappelé en gris.
Fig. 2.7 — L'inversion nocturne est mangée par le bas. À 10 h, la couche brassée n'atteint que 950 m : les bulles restent sous le déco. À 14 h, elle monte jusqu'à la base des cumulus, et la courbe d'état suit l'adiabatique sèche : c'est l'œuvre des thermiques eux-mêmes.

Suivez les heures. À 8 h, rien ne bouge. À 10 h, avec 18 °C au sol, la couche brassée n'atteint que 950 m : quelques bulles molles en fond de vallée, rien au déco. Vers 11 h, 21 °C : l'inversion est percée. Vers 11 h 30, 22 °C : la couche brassée dépasse 1 600 m, le déco est dans le jeu. Vers 13 h, 24,5 °C : les bulles atteignent leur niveau de condensation, les premiers cumulus naissent vers 2 600 m. À 14 h, la base s'est stabilisée vers 2 800 m.

L'inversion d'altitude, elle, ne s'érode pas : elle est entretenue par le haut, par de l'air qui descend et se réchauffe en se comprimant (chapitre 3). Les thermiques l'atteignent l'après-midi mais la percent rarement : c'est elle qui fait les plafonds « béton » des belles journées anticycloniques.

Le piège du sondage de 12 h UTC

Un sondage prévu vaut pour une heure donnée. Celui de 12 h UTC (14 h locales en été) montre une basse couche déjà brassée, collée à l'adiabatique sèche : ce n'est pas une erreur, c'est la trace des thermiques. Pour l'heure de déclenchement, travaillez sur le sondage du matin ; pour la base de l'après-midi, celui de 12 h ou 15 h se lit directement, là où la couche sèche rencontre la couche humide.

À vous — l'emploi du temps

Sondage du matin : inversion nocturne jusqu'à 600 m au-dessus du sol, température à son sommet 16 °C. Courbe horaire au sol : 9 h 15 °C, 10 h 17 °C, 11 h 19 °C, 12 h 20,5 °C, 13 h 21,5 °C, 14 h 23 °C (Tmax). Donnez la température de déclenchement, l'heure des premiers thermiques fiables et la marge de la journée.

Voir la réponse

On redescend le sommet de l'inversion de 600 m sur le rail sec : 16 + 6 = 22 °C, atteints entre 13 h et 14 h. Marge : 23 − 22 = 1 °C seulement. Verdict : journée tardive et poussive, fenêtre exploitable de 14 h à 16 h 30 environ, thermiques faibles. Trente secondes de calcul évitent trois heures d'attente au déco.

2.5CAPE et CIN : le péage et le carburant#

La méthode donne les altitudes ; les surfaces donnent l'énergie. Entre le trajet de la bulle et la courbe d'état se dessinent deux aires (fig. 2.8). Pensez à une voiture qui doit franchir un dos-d'âne avant une longue descente : il faut d'abord fournir un effort (le péage), ensuite tout se fait seul (le carburant).

Deux émagrammes. À gauche, un profil d'orage de 500 à 11 500 m : la bulle partie de 28 °C au sol condense à 2 200 m puis suit l'adiabatique saturée ; entre 3 500 m et 10 500 m, elle est plus chaude que la courbe d'état et l'aire entre les deux est hachurée en rouge : CAPE ≈ 1 100 J/kg. Le sommet vers 10 500 m est noté « enclume ». À droite, un zoom entre 500 et 4 200 m montre une petite aire pointillée bleue entre 1 600 et 3 500 m, où la bulle est plus froide que l'air : CIN ≈ 70 J/kg, le péage ; le NCL est marqué à 3 500 m.
Fig. 2.8 — Un sondage d'orage. Sous le niveau de convection libre (NCL, 3 500 m), la bulle est plus froide que l'air : il faut la pousser (CIN, pointillé bleu). Au-dessus, elle est plus chaude jusqu'à 10 500 m : énergie disponible (CAPE, hachures rouges). Ce profil, bleu le matin, fabrique des orages l'après-midi.

La CIN est l'aire où la bulle est plus froide que l'air, sous le niveau de convection libre : le couvercle chiffré. Quelques J/kg : rien ne retient, la convection démarre tôt. Quelques dizaines à une centaine de J/kg : un verrou qui saute en cours de journée si le soleil chauffe assez. Au-delà de 100 à 200 J/kg : un couvercle qui tient souvent toute la journée.

La CAPE est l'aire où la bulle est plus chaude que l'air : le carburant une fois la convection lancée.

CAPEEn montagne l'été
moins de 500 J/kgconvection de beau temps, cumulus
500 à 1 000 J/kgthermiques costauds, congestus probables
1 000 à 2 500 J/kgpotentiel orageux réel
plus de 2 500 J/kgorages potentiellement violents (grêle, rafales)

La vitesse verticale théorique maximale vaut w = √(2 · CAPE) : 1 100 J/kg donnent 47 m/s, dont un courant réel de l'ordre de la moitié une fois déduits le mélange et le poids de l'eau. C'est l'ordre de grandeur des ascendances sous et dans un cumulonimbus, dix fois le taux de chute de votre voile : on n'est jamais « assez bon pilote » pour voler près d'un orage.

Le duo qui doit vous faire renoncer

CAPE forte et CIN modérée qui tient le matin : ciel bleu trompeur jusqu'à midi, et l'atmosphère charge ses condensateurs. Le couvercle cède d'un coup en début d'après-midi et toute l'énergie part en une salve. C'est le scénario type des accidents d'orage d'été en montagne, pour le pilote comme pour le randonneur encore sur une crête à 15 h (chapitre 9).

En vol — CAPE et horaire

CAPE inférieure à 500 J/kg avec un couvercle : volez librement. Entre 500 et 1 000 : volez, mais gardez vos distances avec les cumulus qui bourgeonnent. Au-delà de 1 000 avec une CIN qui saute vers midi : volez tôt, posez tôt, et considérez qu'à partir de 13 h chaque congestus est un orage en préparation.

2.6Le vent, sur le côté du sondage#

Sur le côté droit de presque tous les émagrammes, une colonne de petits drapeaux donne le vent à chaque niveau : les barbules (fig. 2.9). La hampe pointe d'où vient le vent ; les barbes, à son extrémité, donnent la force en nœuds : demi-barbe 5 kt, barbe 10 kt, fanion 50 kt (1 kt ≈ 1,85 km/h).

Émagramme du sondage de référence avec, à droite, une colonne « vent » portant quatre barbules : à 1 500 m, sud-ouest 5 kt (une demi-barbe) ; à 2 500 m, ouest 10 kt (une barbe) ; à 3 500 m, ouest 15 kt (une barbe et une demi-barbe) ; à 5 000 m, ouest 25 kt (deux barbes et une demi-barbe). La hampe de chaque barbule pointe vers l'ouest. Près du sol : brise de vallée. Un encadré rappelle : demi-barbe 5 kt, barbe 10 kt, fanion 50 kt, 1 kt ≈ 1,85 km/h.
Fig. 2.9 — Le vent de notre sondage : faible et de sud-ouest vers 1 500 m, d'ouest et de plus en plus fort en montant. Vers le plafond, 10 à 15 kt (20 à 28 km/h) : les thermiques penchent et dérivent vers l'est.

Trois lectures utiles. Le vent au niveau des crêtes (ici 10 kt d'ouest vers 2 500 m) : il dit quelles faces seront au vent et lesquelles sous le vent. Le vent au plafond : au-delà de 15 à 20 kt, les thermiques se couchent et se cassent, difficiles à centrer. Le cisaillement : un changement brusque de direction ou de force entre deux niveaux annonce une zone turbulente, souvent au sommet de la couche brassée.

En vol — de la barbule au déco

Le vent du sondage est celui de l'air libre. Au déco, il est freiné, dévié par le relief et noyé dans la brise (chapitres 3, 6 et 7). Un sondage qui annonce 10 kt d'ouest à 2 500 m sur un déco sud à 1 500 m signifie : brise de sud au décollage, mais une composante ouest dès que vous montez au-dessus des crêtes, et un dévent derrière chaque arête orientée nord-sud.

2.7Plafond du déco, plafond du massif#

Voici la nuance qui distingue un lecteur d'émagramme d'un pilote de cross. Le sondage décrit l'air au-dessus d'un point — souvent le fond de vallée où se trouve le déco. Or l'après-midi, vous volez au-dessus d'un massif.

Coupe d'un relief : fond de vallée à 700 m à gauche, pente montant vers un massif dont les crêtes culminent vers 2 700 m. Un point marque le sondage dans la vallée. Un parapente vole au-dessus du déco à 1 500 m. Une ligne tiretée représente la base des cumulus : vers 2 800 m au-dessus de la vallée, elle monte jusqu'à 3 200–3 300 m au-dessus du massif, où trois flèches orange montent depuis les pentes chauffées. Annotations : base calculée ≈ 2 800 m ; au-dessus du massif, base ≈ 3 100–3 400 m.
Fig. 2.10 — Le sondage de la vallée annonce une base à 2 800 m. Au-dessus du massif, les pentes chauffées en altitude soulèvent la base de plusieurs centaines de mètres.

Un grand massif ensoleillé est un réchaud posé en altitude. À 2 600 m, l'air au contact des pentes rocheuses est nettement plus chaud que l'air libre au même niveau au-dessus de la vallée. Les bulles qui en partent démarrent plus haut et plus chaudes ; la couche brassée s'épaissit au-dessus du relief, et la base avec elle (fig. 2.10). S'y ajoute un effet de modèle : la grille de calcul lisse le relief, et le point « vallée » ignore les crêtes réelles. Résultat : un profil de fond de vallée sous-estime nettement le plafond au-dessus d'un grand massif, souvent de 300 à 800 m l'été, parfois davantage.

Émagramme du sondage de référence avec une ligne grise horizontale à 2 600 m, « crêtes du massif ». L'air libre à 2 600 m est à environ 5 °C. Un point orange à 10 °C, « air des pentes à 2 600 m », lance une bulle sur l'adiabatique sèche jusqu'à sa base vers 3 200 m, puis une adiabatique saturée jusqu'à 3 800 m. La bulle de vallée (Tmax 26 °C) atteint sa base à 2 800 m. Deux niveaux tiretés : base « vallée » 2 800 m, base « massif » ≈ 3 200 m.
Fig. 2.11 — La bulle de crête, lancée depuis l'altitude des crêtes avec la température de l'air des pentes (10 °C au lieu de 5 °C dans l'air libre), atteint sa base vers 3 200 m, 400 m au-dessus de celle de la vallée. Le sommet reste bloqué par le même couvercle.

La méthode de la bulle de crête en tient compte (fig. 2.11). Placez-vous à l'altitude des crêtes. Température de départ : celle de l'air au contact des pentes ensoleillées — faute de mesure, l'air libre à ce niveau plus 3 à 6 °C par une après-midi d'été ; une balise de sommet vaut mieux qu'une estimation. Point de rosée : celui que porte, à cette altitude, le rail de rapport de mélange issu du Td de la vallée. Refaites les gestes 2 et 3 depuis ce point : ici, 10 °C à 2 600 m donnent une base vers 3 200 m.

Ne pas trop en faire

La bulle de crête est une estimation : la surchauffe des pentes dépend de l'exposition, du sol, de l'heure et du vent. Et le couvercle ne bouge pas : une inversion qui plafonne la convection à 3 800 m au-dessus de la vallée la plafonne aussi au-dessus du massif. Le gain se fait sur la base, pas sur le sommet. Prenez la base « massif » comme une fourchette, et calez-la sur vos propres vols (le carnet du chapitre 10).

En vol — choisir le bon point de sondage

Sur les sites où l'on clique n'importe où sur la carte, ouvrez deux sondages : celui du déco et celui du cœur du massif à traverser. L'écart entre les deux bases est une information en soi. Le matin, regardez où naissent les premiers cumulus : presque toujours sur les crêtes les plus hautes et les mieux exposées, et plus haut qu'au-dessus de la vallée.

À vous — la transition au-dessus des crêtes

Le sondage du point de vallée (650 m) annonce une base à 2 300 m. Votre itinéraire de cross franchit une ligne de crêtes à 2 400 m. Faut-il renoncer ?

Voir la réponse

Pas forcément, mais pas sur la foi du seul sondage de vallée. Au-dessus des crêtes, la base sera vraisemblablement plus haute de quelques centaines de mètres, sans garantie. Trois vérifications : le sondage d'un point situé sur le massif ; l'altitude des premiers cumulus sur les crêtes dans la matinée ; et en vol, la base réellement atteinte avant la transition. Prévoyez un plan B : une ligne de repli et un atterrissage accessibles si le plafond reste sous 2 700 m au pied du passage.

2.8Quatre profils types#

Avec la méthode en main, presque tous les sondages d'été se ramènent à quelques familles. Apprenez-les comme des visages (fig. 2.12).

Quatre petits émagrammes en grille. A, journée bleue : T et Td très écartés, la bulle sèche bute sur la courbe d'état vers 2 700 m avant de saturer, pas de cumulus. B, cumulus sages : le sondage de référence, base vers 2 800 m, cumulus plats à moyens sous un couvercle. C, surdéveloppement : T et Td proches, aucune inversion, la bulle condense vers 2 100 m et reste plus chaude que l'air jusqu'en haut du graphique ; un cumulonimbus est dessiné. D, inversion basse : une inversion entre 1 700 et 1 900 m arrête la bulle vers 1 700 m.
Fig. 2.12 — Quatre visages de sondage d'été. A : air sec, la bulle bute avant de saturer, ciel bleu. B : base haute et couvercle, cumulus plats à moyens. C : air humide sans couvercle, le nuage monte jusqu'à l'orage. D : couvercle bas, thermiques écrasés sous 1 700 m.
ProfilSignatureLa journée
A. Journée bleueT − Td de plus de 15 à 20 °C ; l'adiabatique sèche recoupe T avant le rapport de mélangeThermiques sans marqueurs, plafond net ; navigation exigeante (chapitre 8)
B. Cumulus sagesGradient 0,7 à 0,9 °C / 100 m sur 2 000 m ou plus, couvercle au-dessus, T − Td de 4 à 10 °C sous ce couvercle sur le sondage du matin, CAPE faibleCumulus plats à moyens, base haute, thermiques francs : la journée de cross
C. SurdéveloppementTd élevé (plus de 14 °C en vallée), air humide en altitude, pas de couvercle, CAPE de plus de 1 000 J/kgBon départ puis congestus dès 12–14 h, orages : voler tôt, poser tôt
D. Inversion basseInversion de subsidence franche sous 2 000 m (vers 1 700–1 900 m sur la fig. 2.12) ; dessous, le gradient peut être aussi bon qu'en B : c'est le couvercle bas qui décidePlafond bas, brume, thermiques avortés : soaring de fin de journée ou rien

Un cinquième visage se reconnaît sans calcul : la grisaille, T et Td collées sur une couche épaisse sous un gradient stable. Stratus ou stratocumulus, aucune convection utile, crêtes dans le nuage.

À vous — classer sans calculer

Sondage de juillet, 8 h : au sol 21 °C et Td 18 °C, T et Td écartées de 3 à 5 °C jusqu'à 3 500 m, gradient 0,75 °C / 100 m, aucune inversion notable, CAPE annoncée 1 400 J/kg, CIN 40 J/kg. Quel profil, et quelles décisions pour un vol, puis pour une randonnée avec passage de crête à 2 800 m ?

Voir la réponse

Profil C, le surdéveloppement : Td très élevé, humidité sur toute la colonne, CAPE forte, CIN modérée qui sautera en fin de matinée, aucun couvercle. Vol : décollage dès le déclenchement, poser prévu avant 13 h, surveillance continue des congestus. Randonnée : crête franchie le matin, redescente sous 2 000 m avant 13–14 h, itinéraire de repli identifié. Le même sondage donne les deux décisions.

Réflexe rando — traduction des profils

A : grand beau, chaleur, hydratation ; aucun nuage pour signaler un changement. B : randonnée idéale, cumulus accrochant parfois les plus hauts sommets l'après-midi. C : sortie matinale uniquement. D : sommets au-dessus de l'inversion souvent au soleil au-dessus de la brume ; comparez l'altitude du couvercle et celle de vos sommets. Grisaille : sortie en forêt ou en fond de vallée.

2.9Où trouver les sondages prévus#

Deux familles existent. Les radiosondages sont des mesures réelles, lancées à heure fixe (0 h et 12 h UTC) depuis quelques stations ; autour des Alpes du Sud, les plus proches sont par exemple Nîmes, Lyon, Payerne (Suisse) ou Cuneo (Italie). Ils décrivent l'air réel, mais loin de votre site et à heure imposée. Les sondages prévus sont calculés par les modèles, pour chaque heure et n'importe quel point : ce sont eux que vous utiliserez au quotidien.

SourceCe qu'on y trouve
Météo-ParapenteUn émagramme prévu pour le point cliqué sur la carte, heure par heure, avec le vent : idéal pour comparer le déco et le massif
MeteocielDes sondages prévus de plusieurs modèles (AROME, ARPEGE, GFS…) et l'accès aux radiosondages réels
Bulletins montagne, balisesL'isotherme 0 °C, le vent aux sommets et les mesures réelles qui servent à recouper

Quatre précautions. L'heure : les sondages sont souvent en UTC ; ajoutez 2 h en été (12 h UTC = 14 h locales), 1 h en hiver. Le point : vérifiez l'altitude du sol du modèle, qui peut différer de plusieurs centaines de mètres du terrain réel. Le modèle : deux modèles qui divergent sur Tmax ou sur l'humidité d'altitude signalent une journée incertaine. Le recoupement : le matin, comparez le prévu au réel — température à 8 h, premiers cumulus, voile d'altitude. Un sondage qui s'est trompé sur 8 h se trompera sur 15 h.

En vol — la routine

La veille : sondage de 14 h sur le déco et sur le massif, les cinq gestes, le profil type. Le matin : sondage de 8 h mis à jour, Tdécl et heure de décollage, coup d'œil au ciel. Au déco : comparer la base des premiers cumulus à la base prévue, et corriger le reste de la journée en conséquence.

2.10Le sondage du randonneur#

Pluie, visibilité, orage : les questions du marcheur se lisent sur le même émagramme, dans cet ordre.

Où sera la base ? (visibilité)

Base calculée contre altitude de l'itinéraire. Dessous : vue dégagée. Au-dessus : dans le nuage dès que les cumulus se forment.

La couche humide colle-t-elle au relief ?

T et Td serrées sur une couche épaisse et vent qui pousse l'air humide contre le versant : le versant au vent sera accroché plus bas que la base calculée.

Quelle épaisseur de nuages ? (averses)

Moins de 2 000 m : pas d'averse convective. Au-delà : averses possibles, et le tonnerre s'invite quand la CAPE dépasse 800 à 1 000 J/kg.

À quelle heure ça se gâte ?

Déclenchement, CIN et courbe horaire donnent l'heure de rupture du couvercle. Les crêtes se franchissent le matin ; la marge se prend sur l'horaire, pas sur l'itinéraire.

Réflexe rando — le froid du sommet

L'émagramme donne aussi la température de l'air libre au sommet : sur notre sondage, 5 °C vers 2 600 m le matin, à peine plus l'après-midi. Avec 20 km/h de vent sur la crête, le ressenti approche 0 °C. Une couche chaude dans le sac, même en juillet.

2.11Mémo et synthèse#

Ordres de grandeur du chapitre

Adiabatique sèche−1 °C / 100 m
Adiabatique saturée≈ −0,55 °C / 100 m (0,4 à 0,8)
Point de rosée de la bulle≈ −0,2 °C / 100 m
Base des cumulus au-dessus du sol≈ 122 m × (T − Td)
Repères de pression850 hPa ≈ 1 500 m · 700 ≈ 3 000 · 500 ≈ 5 500
Marge Tmax − Tdécl< 2 °C poussive · 3–5 classique · > 6 précoce
Force (écart bulle − état, mi-couche)1 °C doux · 2–3 bon · > 4 fort
Épaisseur des cumulus< 1 000 m sages · > 2 000 m averses
CAPE (J/kg)< 500 beau temps · > 1 000 orages · > 2 500 violents
CIN (J/kg)quelques unités : rien · dizaines à 100 : verrou · > 100–200 : couvercle
Vitesse verticale théoriquew = √(2 · CAPE)
Base au-dessus d'un grand massifsouvent + 300 à 800 m / vallée
Barbulesbarbe 10 kt · 1 kt ≈ 1,85 km/h
Heure des sondages12 h UTC = 14 h locales en été

Ce qu'il faut retenir

  • Un émagramme, ce sont deux courbes du jour (T, Td) posées sur des rails fixes ; chaque geste n'utilise que deux lignes.
  • Trois lectures à l'œil nu d'abord : écart T − Td, pente de T, inversions.
  • Les cinq gestes : déclenchement, base, sommet et plafond, épaisseur et force, risques.
  • L'inversion nocturne s'érode par le bas et fixe l'horaire ; l'inversion de subsidence tient et fixe le plafond.
  • CIN = péage, CAPE = carburant : CAPE forte avec une CIN qui tient le matin, c'est l'orage de l'après-midi.
  • Barbules : la hampe pointe d'où vient le vent, une barbe vaut 10 kt.
  • Un sondage de vallée sous-estime la base au-dessus d'un grand massif ; la bulle de crête en donne une fourchette.
  • Quatre visages d'été : bleue, cumulus sages, surdéveloppement, inversion basse (plus la grisaille).
  • Un sondage prévu se recoupe toujours avec le ciel du matin.

Lexique du chapitre#

Adiabatique sèche
Rail de refroidissement d'une bulle non saturée qui monte : −1 °C / 100 m, effet de la seule détente.
Adiabatique saturée
Rail de la bulle dans son nuage : ≈ −0,55 °C / 100 m (0,4 en air chaud à 0,8 en air froid). La condensation libère de la chaleur qui freine le refroidissement.
Rapport de mélange
Rail du point de rosée d'une bulle qui monte sans gagner ni perdre de vapeur : ≈ −0,2 °C / 100 m.
Courbe d'état
Profil réel (mesuré ou prévu) de la température avec l'altitude, ce jour-là. Elle n'obéit à aucun rail.
Point de rosée
Température à laquelle il faudrait refroidir l'air pour le saturer. L'écart T − Td mesure la distance à la saturation.
Méthode de la bulle
Suivre une bulle idéale le long de ses rails et la comparer à la courbe d'état pour prévoir base, sommet, plafond et force.
Température de déclenchement
Température à atteindre au sol pour qu'une bulle perce l'inversion nocturne : le sommet de l'inversion redescendu au sol sur l'adiabatique sèche.
Niveau de condensation
Altitude où la bulle qui monte sature : la base des cumulus, environ 122 m × (T − Td) au-dessus du sol.
Plafond
Altitude maximale exploitable en thermique : la base des cumulus ou, par journée bleue, l'altitude où la bulle sèche rejoint la courbe d'état.
Journée bleue
Journée où l'air est trop sec pour que la bulle sature avant son plafond : ascendances réelles, sans cumulus pour les signaler.
Niveau de convection libre (NCL)
Altitude à partir de laquelle la bulle devient plus chaude que l'air et monte sans aide.
CIN (inhibition convective)
Énergie à fournir à la bulle pour atteindre le NCL (J/kg) : le péage.
CAPE
Énergie potentielle convective disponible (J/kg) : aire où la bulle est plus chaude que l'air ; carburant des ascendances, et des orages au-delà d'environ 1 000 J/kg.
Inversion nocturne
Couche collée au sol où la température augmente avec l'altitude, créée par le refroidissement nocturne du sol ; détruite par le bas en matinée.
Barbule
Symbole du vent : la hampe pointe d'où il vient ; barbe 10 kt, demi-barbe 5 kt, fanion 50 kt.
Bulle de crête
Bulle lancée depuis l'altitude des crêtes avec la température de l'air des pentes ensoleillées, pour estimer la base au-dessus d'un massif.

Fin du chapitre 2. Le chapitre 3 quitte la verticale pour la grande échelle : pourquoi l'air tourne autour des dépressions, et d'où vient ce couvercle de subsidence que vous savez maintenant lire.